Joseph LECHTHALER arrêta les deux assassins.
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© Francis et Danielle Riche - 2007 — francis-danielleriche@mi-aid-a-zot.com

Cinq personnes tuées, une sixième blessée... Une série de meurtres atroces accomplis avec le plus horrible sang-froid... Et les auteurs de ces meurtres sont deux enfants : Joseph Jacquiard, 16 ans, et Joseph Vienny, 14 ans, employés comme vachers à la ferme de Jully, dans l'Yonne, à 30 kilomètres de Tonnerre.

Jacquiart, avec un affreux cynisme, a fait, en ces termes, le récit de ce sextuple forfait.

" Comme nous l'avions décidé, nous sommes descendus à I'étable à six heures, et j'y postai Vienny. Je suis allé chercher le patron en lui disant qu'un taureau était malade. Le patron est venu avec un falot. Il s'est baissé pour regarder le taureau. J'avais mon révolver à la main. Je tire. Il tombe. Le falot s'éteint. Le patron ne bouge plus et voilà que la patronne arrive à son tour. Au moment où elle franchit la porte je tire sur elle trois coups de révolver. Elle tombe aussi. Alors nous sortons dans la cour. Nous nous dirigeons vers l'habitation. Nous entrons dans la cuisine où se trouvent Bonny, Imbert et Bousconni.

- Venez vite : une vache qui vient de s'échapper !

Imbert et Bonny seuls nous suivent. Nous les entraînons hors de la ferme. Moi, je serre sous mon veston la hache que j'ai préparée. Nous marchons derrière eux. Nous faisons ainsi une vingtaine de mètres. Je pousse le coude à Vienny qui donne un croc en jambe à Imbert. Celui-ci tombe. Moi, je sors ma hache et j'en profite pour en asséner un coup énorme sur la tête de Bonny qui s'affaisse, le crâne fendu, et rapidement je passe ma hache à Vienny. Il se précipite sur lmbert qu'il frappe à son tour. Ni Imbert, ni Bonny ne bougent plus.

- Ils sont morts, me dit Vienny.

Alors nous reprenons le chemin de la ferme où nous rentrons. Comme nous remontons le chemin de l'habitation, nous rencontrons Bousconni qui vient au devant de nous et nous demande si la vache est retrouvée. Moi j'ai repris la hache des mains de Vienny et l'ai remise sous mon veston, mais au moment où nous allons sortir de la cour, j'abats l'arme sur la tête de Bousconni qui est tué sur le coup. Et en courant nous revenons près de la maison. Quand nous arrivons près de la citerne, nous apercevons la bonne, Marie Coguet, qui tire de l'eau. Vienny s'approche derrière elle, à pas de loup, et lui tire un coup de révolver dans la nuque. Elle tombe. Je prends mon couteau, me précipite sur elle et d'un seul coup lui coupe la gorge. Après quoi, à nous deux, nous la précipitons dans la citerne. Mais à ce moment, nous eûmes peur de ce que nous venions de faire et nous nous sauvâmes... "

Ainsi, le fermier et la fermière abattus à coups de révolver, deux domestiques, Bonny et Bousconni, tués à coups de hache, la bonne égorgée et jetée dans le puit, voilà cinq meurtres accomplis en quelques minutes par deux enfants !... Une seule de leurs victimes survécut, le jeune Imbert, domestique comme eux, qui eut la présence d'esprit de faire le mort après avoir reçu un premier coup de hache… et c'est cet enfant qui donna l'éveil et courut chercher des secours.

Pendant ce temps, les deux assassins s'enfuyaient. Ils errèrent toute la nuit. Le lendemain, ils se trouvaient à Saint-Vinemer lorsqu'un chasseur du pays, M. Lechtaner, les reconnut au signalement qu'on avait donné d'eux. A sa vue, ils firent mine de se sauver dans le bois proche. Mais M. Lechtaner les mit en joue :

- Halte là ! ou je tire…

Les deux jeunes criminels se sentirent perdus. Ils se rendirent. Quelques instants plus tard, grâce à la présence d'esprit du chasseur de Saint-Vinemer, ils étaient arrêtés et conduits d'abord à la maison du village d'où ils furent transportés à la prison de Tonnerre.

En juin 1910 lors du procès à Auxerre des deux bergers, le docteur Mercier, psychiatre au chef-lieu, vient expliquer que Jacquiard, "mythomane errant", a une responsabilité "dans une très grande mesure" annulée, cependant que Vienny, son complice, atteint d'une "suggestivité excessive" a une responsabilité atténuée "dans une faible mesure". Ni la justice ni l'opinion ne sont prêtes à entendre un tel discours. Certes, on admet volontiers que la dégénérescence alcoolique et tuberculeuse pèse sur les coupables, comme l'atavisme sur Vienny dont la mère et les deux tantes sont démentes, mais dans son réquisitoire, le procureur Meyer n'en soutient pas moins que les deux bergers sont "intelligents et habiles" donc, pour lui, responsables.

Le jury le suit dans ses réquisitions et prononce les peines maximales : vingt ans d'internement en maison de correction pour Vienny, car son jeune âge le met à l'abri de la peine capitale, ce que certains journaux regrettent ; la mort pour Jacquiard, dont la peine est commuée en une condamnation aux travaux forcés par le président Fallières, en août, Joseph Jacquiard part donc pour le bagne de Cayenne.

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